Ganda le dernier Griot : Un sage Soninké

Après le bouleversement socioculturel postcolonial en Afrique, la caste des griots est peu à peu devenue une caste de musiciens professionnels, le contraire du message hautement humaniste de l’objet du film d’Ousamne Diagana, Ganda le dernier Griot.

2
155
Film d'Ousmane Diagana

Il y’a dix ans le Mali perdait un grand traditionaliste, parolier Soninké, Ganda Fadiga, joueur de Gambaré, instrument de musique Soninké accompagnant la traditionnelle causerie à but moraliste dans les communautés. Des décennies durant à travers son art Ganda a tissé les liens entre les Soninkés restés au pays et ceux ayant entrepris le chemin de l’exil, promulguant des valeurs d’éducation que chaque immigré se devient, gardien de la mémoire comportementale de tout un peuple. A l’heure de l’appropriation héréditaire par la nouvelle génération du message de paix et de galvanisation et de valorisation, le jeune Ousmane Diagana réalise un film sur l’œuvre du traditionaliste, instrumentiste.

Le film au titre provocateur Ganda le dernier Griot a été présenté par l’association des jeunes soninkés du Mali, le 23 novembre dernier à Bamako en présence du réalisateur. A ces mots le réalisateur introduit le film : « On demande souvent ce que l’Afrique offre au monde ? L’Afrique a à offrir son histoire, son humanisme, sa sagesse « . Ces mots étayent une des motivations de la réalisation de ce document.
La salle est remplie de cette jeunesse Soninké et sympathisante en désir de s’imprégner des valeurs humanistes du message de Ganda.

« L’homme est l’espoir de l’homme « , « Quand tu vas loin des fois il faut s’arrêter pour regarder derrière toi », sont-ce là les premiers mots de Ganda marquant les premières minutes du film. Se rappelant aux sagesses des grands penseurs humanistes du monde, précepteurs de messages soudeurs de l’humanité, nous entrons dans l’univers de Ganda Fadiga. Ceux qui lui rendent hommage dans le film d’Ousmane Diagana sont presque possédés par son univers.

Le franco-malien Ali Soumaré, Conseiller Régional d’Ile de France et jeune soninké expliquant ce qu’il retient des messages de Ganda dit avec passion : « Fais tout ce que tu veux dans la vie mais si tu n’es pas utile aux autres, tu ne sers à rien, Ganda Fadiga c’était ce message  »

Ousmane Diagana présente l’esprit du film en ces termes :
« Ganda est une exception : il a su rester dans la pure tradition des griots en perpétuant la transmission des valeurs de la société sonninké et de la mémoire collective africaine. Quand il décède en 2009, c’est le baobab qui s’écroule, la mémoire de ma société́ qui risque de s’éteindre. J’ai décidé de refaire le dernier voyage de Ganda, de Paris où il est décèdé, à Maréna près de Kayes au Mali où il est enterré. Ses anciens amis nous conteront son histoire singulière et, par l’analyse du sens de ses paroles, nous feront comprendre la place prépondérante qu’ont le chant et la musique dans la vie des africains. »

L’œuvre de Ganda continue de se perpétuer à travers plusieurs initiatives pour qu’à jamais celui qui est considéré comme un sage de l’imaginaire soninké reste avec nous, c’est le cas de Youba Wagué, traducteur du message de Ganda Fadiga qui lui consacre un livre à paraitre très bientôt.
On ne peut résumer une grande œuvre en quelques mots, en revanche il est à retenir de Ganda Fadiga que : Ganda c’est pousser les autres vers la réussite, pousser à faire mieux que les autres. Une belle poésie sur l’immigration et la réussite de l’immigré vaillant, une grande geste des valeurs humanistes et universelles.

Dia Sacko

2 Commentaires

  1. Faire un article sur un film dans une rubrique culturelle sur le cinéma, ce n’est pas seulement parler du sujet c’est aussi analyser l’écriture cinématographique, comprendre les désirs filmiques du réalisateur, expliquer les choix de la forme du récit qui amène le spectateur à s’imprégner de l’histoire qu’on lui raconte. Et le documentaire d’Ousmane Diagana, cinéaste expérimenté dont c’est le troisième documentaire réalisé dans le cadre des collections Lumière d’Afrique, initiées par le réseau Docmonde/Africadoc, était un cadre idéal pour une telle réflexion. Dommage.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here